Bioénergétique de la contraction musculaire

 

 

I / Origine de la contraction :

 

            Un muscle est composé de 2 grosses protéines : l’actine et la myosine. La contraction musculaire correspond au glissement de l’actine et de la myosine ce qui provoque une diminution de la longueur du muscle (diminution de la taille des sarcomères).

 

Au repos : le complexe actine/myosine est maintenu à distance par les molécules de Trompomyosine. La tête de la myosine englobe (contient) une molécule d’ATP (possibilité d’une activité ATPase). A chaque contraction (construction d’un pont actine/myosine), cette activité ATPasique se fait pour permettre la liaison actine/myosine. Lors de la contraction musculaire, il y a disparition de la Trompomyosine du fait de l’arrivée de l’influx nerveux.

 

Lors de la contraction : l’arrivée du potentiel d’action musculaire libère les ions Ca2+ qui vont se fixer sur la Tromponine C. Cela va permettre :

ˆ        Le déplacement de la Trompomyosine

ˆ        La liaison actine/myosine

ˆ        L’activation de l’ATPase qui auparavant était masqué

ˆ        L’hydrolyse de l’ATP

 

Après contraction, il y a resynthèse rapide d’ATP. La contraction provoque une inclinaison des têtes de myosine ce qui entraîne une diminution de l’angle qu’elles font au repos avec l’actine (de 90° à 45°). La liaison actine/myosine rapidement libérée va permettre la fixation d’une nouvelle molécule d’ATP. L’origine de la contraction musculaire se retrouve au niveau de l’hydrolyse de l’ATP. Elle représente la transformation de l’énergie chimique en énergie mécanique.

 

                                                        Chaleur

                   ATP + H2O                                                   ADP + Pi + énergie libre

                                                Travail musculaire

 

Schéma d’une molécule d’ATP:

 

 

 

 

 

 


                                                                                                        Liaisons phosphate

                                                                                                         riches en énergie

 

Problème : La concentration en ATP musculaire est faible (environ 5mmol/kg de muscle), elle ne permet pas une contraction de plus de quelques secondes. Pour se contracter plus longtemps, il faut qu’il y ait resynthèse de l’ATP. Cela se fait par la sollicitation de différentes voies métaboliques.

 

                 Voies métaboliques aérobie et anaérobie

Resynthèse de l’ATP  Þ

 

                                                    Utilisation de différents substrats

 

 

 

 

II / Substrats énergétiques :

 

            Chez un sujet de 80kg dont 25 kg de muscles :

 

Substrats

Quantité (kg)

Energie disponible (en kJ)

Triglycérides

Protéines (AA libres)

Glycogène :

ü       Hépatique

ü       Musculaire

Substrats circulants (acides gras, glucose)

Phosphocréatine

ATP

12

6

 

0,060

0,400

0,023

0,087

0,076

446 500

78 250

 

638

4 252

420

17

5

 

            L’utilisation des différents substrats va dépendre de l’intensité et de la durée des exercices. Ces substrats vont surtout intervenir lors des efforts aérobies.

 

III / Processus métaboliques :

 

            La resynthèse de l’ATP va passer par l’intervention des voies métaboliques aérobie et anaérobie.

 

            Au début d’une activité, il y a une inertie du système d’adaptation cardio-respiratoire (temps de latence) pendant les 2 ou 3 premières minutes. On va alors utiliser des processus anaérobies pour couvrir les besoins énergétiques des contractions musculaires.

 

1.     Processus métaboliques anaérobies :

 

Il existe 2 voies :

ˆ        Alactique (absence d’oxygène, sans lactates, en début d’exercice)

ˆ        Lactique (manque d’oxygène, avec lactates, en fin d’exercice)

 

A / Anaérobie alactique :

La chute des concentrations en ATP est évitée par 2 mécanismes :

®      La sollicitation de l’ADP

 

2 ADP                               AMP + ATP ([ADP] musculaire environ 10-3 mmoles/kg de muscle)

                            Myokinase

 

®      Réaction de LOHMANN (intervention de la créatine phosphate)

 

ADP + CP                                  ATP + C ([CP] = 20 mmoles/kg)

                           CPKinase

 

            Ces mécanismes interviennent dans des exercices explosifs, effectués à hautes intensités.

 

Caractéristiques :

ˆ        Inertie : délai d’intervention est très faible car il y a nécessité d’obtenir une réaction immédiate.

ˆ        Puissance : Très élevée, en particulier chez les sportif (pourcentage élevée de fibres rapides). La concentration en Myokinase et en CPKinase est 2 fois plus élevée dans les fibres rapides par rapport aux lentes.

ˆ        Capacité : (durée de l’exercice), elle est faible car la concentration en créatine phosphate est peu importante (il y a faible resynthèse d’ATP). La poursuite de l’exercice implique l’intervention d’autres voies métaboliques.

 

B / Anaérobie lactique :

            C’est une dégradation du glycogène en acide pyruvique puis lactique (glycolyse anaérobie). L’approvisionnement cellulaire de la glycolyse en résidu de glucose a 2 origines :

®      La glycogénolyse (dégradation du glycogène intramusculaire)

®      L’entrée du glucose libre cellulaire ou apporté par la circulation

 

Glycogénolyse :

            C’est la dégradation du glycogène en glucose-1-phosphate.

 

                   Glycogène + Pi                                            Glucose-1-phosphate + Glycogène

                                               Glycogène-phosphorylase

 

La Glycogène-phosphorylase existe sous 2 formes au niveau du muscle squelettique :

®      Phosphorylase active A (active en l’absence d’AMP et non inhibée par la présence d’ATP)

®      Phosphorylase inactive B (inhibée par la présence d’ATP et du glucose-6-phosphate)

 

Glycolyse :

            Etymologiquement, cela provient du grec Glycos : le sucre et de Lysis : dissolution. La glycolyse est la dégradation du glucose (aérobie et anaérobie).

 

            Anaérobie :

Glucose à 2 molécules d’acide lactique à 2 ATP.

La glycolyse anaérobie exige la présence d’un accepteur d’hydrogène (NAD).

 

            NAD + H2 à NADH + H+

La concentration en NADH est peu importante au niveau musculaire (1 mmol/kg de muscle). Cela ne produit pas de travail supérieur à 1 seconde. La poursuite de l’exercice implique la régénération de NAD à partir de NADH et H+ formé (selon des voies métaboliques différentes).

Cela se fait par transfert d’un hydrogène du NADH à l’acide pyruvique pour donner de l’acide lactique en anaérobie ; alors qu’en aérobie, l’hydrogène du NADH passe à l’intérieur de la mitochondrie (système de navette, perméabilité de la membrane mitochondriale au NADH). L'hydrogène est ensuite oxydé (chaîne respiratoire mitochondriale) pour donner l’ATP.

 

Caractéristiques :

ˆ        Inertie : Elle est non négligeable (environ 10 secondes), mais certaines recherches montrent qu’elle intervient dans un temps inférieur (expérimentation par biopsie musculaire). L’augmentation de lactates peut intervenir, selon certains exercices, au bout de 5 secondes.

ˆ        Puissance : elle dépend des concentrations enzymatiques et de la typologie des fibres. Elle est très importante chez des sujets ayant un fort pourcentage de fibres rapides. Cela s’explique par la concentration en Phosphorylase A et B qui est plus importante.

ˆ        Capacité : elle est faible puisqu’il n’y a formation que de 2 ATP. A cela s’ajoutent les conséquences de l’accumulation de lactates et de la baisse du pH lorsque l’on augmente l’intensité de l’exercice. Cela se traduit par :

ü       L’inhibition de la phosphorylase

ü       La perturbation des propriétés contractiles (vitesse de contraction).

                   Tout cela va dans le sens d’un arrêt de l’effort.

 

2.  PROCESSUS AEROBIES

 

Exercice à intensité modérée sur une longue durée. L’oxydation des glucides et lipides (au niveau de la mitochondrie) est source d’énergie.

 

                        A/ Oxydation des substrats glucidiques :

 

 

Dégradation du glucose                       Stade de l’acide pyruvique

 

 

 

 

 

 

 

 


                                                                       Décarboxylation

 


                                                                                 

 

 

 

                                                                       Acétyle COA                cycle de Krebs

 

 


                            glycogène

 

 


                            Glucose

 


Glycolyse                                                                    ADP+Pi

Aérobie

 

 

                                                                                  ATP

 

                            Acide Pyruvique

 


Ellipse: Cycle de Krebs

                                                  CO2

 

 

 

 

                                                                          CO2

 

                                                                         (H+) + e

 

 

(H+) + e                                                         (H+) + e

 

C’est une voie très énergétique (beaucoup d’ATP)

Le rendement énergétique = 36 ATP par molécule de glucose.

Il n’y a pas de production de catabolite néfaste pour l’organisme.

Cette voie est importante au niveau des fibres lentes oxydatives (riches en mitochondrie)

 

DE MANIERE GENERALE :

 

                            Au niveau musculaire il n’y a pas de réelle distinction des voies métaboliques.

Lorsqu’il y a augmentation de l’intensité de l’exercice, les glucides vont prendre une part importante dans la production énergétique.

 

Exemples : Travail des membres inférieurs.

 

Captation du Glucose en mmol/min       

 

 


                                                           200 W

 

 

 

 


                                                      130W

 

 

 


                                                    65W                      

 

 

 

 


                                                                                                                                                tps (min)

                                       15                            30                           60            

 

Consommation d’o2 et de glucose.

 

Conso d’O2 (mmol/min)

                                                                                                          Glucose

                                                                                                            

 

         80

 

 

 

 

 

 


        20

 

 

 

                        Repos        65W             130W                200W

 

Quelques soit la durée de l’exercice la captation en glucose augmente les 140 première minutes puis se stabilise (Graphe 1 ).

La quantité de glucose utilisé est fonction de l’apport d’O2. (Graphe 2 ).

Lorsque l’intensité est très importante, la quantité d’O2 apportée n’est alors plus suffisante. L’organisme utilise alors des voies anaérobies pour les exercices a intensité constante.

 

INTENSITE CROISSANTE :

 

Mmol/L

 

 

 


                                               Glucose sanguin

 

 

5

                                                                                                                                 Artère brachiale

4                                                                                                                               Veine fémorale

 

3

            Glucose                                                                       Evolution des concentrations sanguines

300W

 
2          utilisé par le muscle                                                    en glucose lors d’un effort d’intensité

200W

 
                                                                                              croissante exécuté sur une bicyclette

150W

 

100W

 
1                                                                                             ergométrique.

 

 


            0          5          10        15        20        25        30

 

 

Lorsque l’intensité de l’exercice augmente , la captation musculaire du glucose augmente. Les (glucose) sanguin chute à HYPOGLYCEMIE

Il faut donc maintenir un apport constant de glucose par le biais du sang artériel.

La glycémie artérielle reste constante grâce à la libération du glucose par le foie .

La glyconéogénèse au niveau du foie et du rein permet la fabrication du glucose à partir du lactate et du pyruvate.

Le glucose comme les ATP peuvent être reconstruit a partir des catabolites.

 

ˆ        Inertie : L’énergie est apportée dès le début de l’exercice.

La sollicitation de la voie aérobie est omniprésente dès le début de l’exercice. Le problème viens du fait que la quantité de myoglobine est faible.

ˆ        Puissance : elle est inférieur a celle du métabolisme anaérobie lactique et alactique. Elle dépend de la quantité d’O2 utilisée par la mitochondrie et est limité par le système cardio-respiratoire.

 

 

        B/ DEPLETION GLYCOGENIQUE ET RESYNTHESE DU GLUCOSE

 

[Glycogène] du muscle strié varie de 5.9 à 20 g/kg de muscle. Ces [Glycogène] vont dépendent de différent facteurs : DUREE et INTENSITE de l’effort.

Au repos :      

Le Glycogène n’est pas ou peu utilisé , de même que lors des exercices a faible intensités.

 

 

EXERCICE A CHARGE CROISSANTE

 

Mmol d’unités

 


10

 8                     Utilisation du glycogène

 6

 4

 2

 0

            25        50        75        100      125      150     

                        % de la VO2 max

 

Consommation du glycogène musculaire (quadriceps) lors d'exercices d'intensités croissantes sur ergocycle. Les moyennes à différents pourcentages de la puissance aérobie maximale sont représentées.

 

La dégradation du glucose augmente avec l’augmentation de la charge , la durée de l’exercice et en fonction de la nature de la fibre.

 

 


  0

20                                                       30

40                                                       60

60        120  90

80                                           75

            0          30        60        90        120      Tps en Min

 

Déplétion en glycogène dans le quadriceps humain durant des exercices à différentes intensités. Des charges à 75, 90 et 120% de la VO2 max sont maintenues jusqu'à épuisement.

La limitation se fait par l’accumulation d’acide lactique lors des exercices à intensité importante. La limitation de l’exercice dépend de la durée et de l’intensité.

L’épuisement des réserves en Glycogène n’est un facteur limitant que dans des cas particuliers d’exercices ou l’intensité est supérieure a 70%de la VO2 max. et de durée supérieur a 2 heures.

 

 

 CONTENU EN GLYCOGENE MUSCULAIRE AU COURS D’EFFORT INTENSE

Glycogène musculaire

 


100

                                                                                  Fibre à contraction lente

                                                                                  Fibre à contraction rapide

 

 


    0         1          2          3          4          5          6         nombre de répétition

            EXERCICE EN PUISSANCE

                                                                       Epuisement

La déplétion Glycogénique est trop importante pour la fibre à contraction rapide ( celle impliquée dans l’exercice)

 


 100

 

 

 

 


   0                            60                                  120

                   EXERCICE EN ENDURANCE

 

Epuisement au bout de 2 heures ,en fin d’exercice utilisation des fibres rapides.

La déplétion en glycogène dans les différentes fibres du quadriceps lors d'exercices de puissance répétées plusieurs fois et endurance poursuivi jusqu'à l'épuisement.

Lors d’exercice en puissance ,pas de limitation par les réserves en Glycogène mais par l’apparition de l'acidose.

Les fibres lentes et rapides ont la même quantité de Glycogène. Cependant la déplétion est plus importante dans les fibres rapides pour des exercices intenses, alors qu’au contraire ,elle est plus importante dans les fibres lentes pour des exercices prolongés.

On peut resynthétiser des stock de Glycogène par récupération.

 

RECUPERATION :

Elle se fait par apport alimentaire et par modification des produits métaboliques. La resynthèse du Glycogène atteint environ 50% en 5 heures et 100% après 48 heures.

A l’exercice il peut se faire a partir du lactate et au niveau de la voie aérobie on peut également utiliser en plus du Glycogène les substrats lipidiques.

 

        C /OXYDATION DES SUBTRATS LIPIDIQUES.

Les substrats lipidiques métaboliques à l’exercice sont :

-          Triglycérides.

-          Corps cétonique

-          Cholestérol

AVANTAGES :

-          Permet une épargne de Glycogène musculaire

-          Les réserves en Triglycérides sont beaucoup plus importantes que les réserves en Glycogène.

-          Le rendement énergétique et métabolique de la lipolyse est supérieur a celui de la glycolyse.

 

1.     UTLISATION DES LIPIDES SANGUINS :

            Lors d’un exercice bref et intense la captation des A.G libres et des Triglycérides n’est pas ou peu modifié .

Lors d’exercices sous maximaux de longue durée, la captation s’élève significativement.

Au cours de l’exercice , il y a hydrolyse des Triglycérides et la lipolyse augmente le Glycérol plasmatique mais le muscle ne possède pas de mécanisme nécessaire a son utilisation par contre il participe indirectement à la glycogénèse hépatique.

 

2.UTILISATIONS DES TRIGLYCERIDES HEPATIQUES ET MUSCULAIRES

            Les Triglycérides ne sont généralement pas utilisable au cours de l’exercice ce qui n’est pas le cas des triglycérides musculaires.

 


14                                                                   REPOS             APRES EFFORT

12

10

 8

 6

 4

 2

      75% VO2          30 Km          100 Km

       120 Min          147 Min            12 H

Teneur en TG au cours de l’épreuve de longue durée menées chez l’homme.

Les concentrations en TG sont exprimées en mmoles par Kg de poids frais. Les valeurs après effort sont recueillis dans les minutes qui suivent l’arrêt de l’activité.

Les triglycérides musculaires couvrent largement les besoins énergétiques. La déplétion peut atteindre40 % au niveau des fibres de types 1 ( après un exercice de longue durée)

 

D /OXYDATION DES SUBSTRATS PROTIDIQUES :

 

Intervient de façon significative que dans des conditions d’exercices exhaustifs de longue durée et de dénutrition.

 

CARACTARISTIQUES : de la voie aérobie.

 

INERTIE : la prédominance de la voie oxydative se fait au bout de 3 Min.

PUISSANCE : Intensité moyenne a modérée

CAPACITE : Importante car les réserves sont quasi inépuisable.