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Le programme de sixième de 1996 en EPS précise que "les enseignants
d’EPS ont la responsabilité de répondre à une double exigence : définir
des contenus permettant la réalisation des objectifs généraux et
programmer un ensemble d’activités…"Ainsi, des connaissances techniques
issues des pratiques sociales et passées à travers le filtre de
l’institution, fourniraient les contenus de l’EPS. Posé en ces termes,
notre propos pourrait s’achever ici, puisqu’il suffirait d’affirmer une
évidence : pour élaborer des contenus en EPS il est nécessaire de
connaître les APS.
Du tonneau des données scientifiques et techniques au baril scolaire,
puis à la bouteille de l’enseignant d’EPS (expert en technique
sportive), nous avons un jour espérer que le SAVOIR serait
successivement déversé pour aboutir enfin au verre de l’élève, plus ou
moins empli en fonction de ses capacités d’absorption. Mais, en réalité,
nous nous apercevons que l’élaboration des nos contenus fait intervenir
une « mystérieuse alchimie » que nous avons beaucoup de mal à verbaliser
dans un document comme notre projet disciplinaire. Elle s'opère tant
dans le creuset de la classe que dans l’intimité de l’élève qui apprend,
ainsi qu’au niveau de l’enseignant.
Complexité du savoir,
traduit en termes de compétences : les compétences spécifiques sont
« des savoirs et techniques intégrés dans l’action » (programme d’EPS).
Complexité de l’enseignant d’EPS qui doit définir lui-même
des contenus. Complexité enfin de l’élève qui apprend dans
un cadre, celui du groupe classe, avec des contraintes précises,
temporelles et spatiales, mais également relationnelles. Nous pensons
que s'est sur ce versant que nous devrons nous arrêter, afin que
nos contenus "collent "au profil de nos élèves.
Nous admettons aujourd'hui, , que si l’identification des savoirs
relatifs aux données techniques des APS est
incontournable, elle ne suffit pas. D’autres éléments, tout
aussi indispensables, participent de l’élaboration des contenus, en
relation avec l’acte d’enseigner et celui d’apprendre.
Bien qu’un contenu ne puisse se définir que par un contenant et qu’il
conviendrait de questionner l’un par rapport à l’autre, nous limiterons
notre réflexion au champ de l’EPS, à celui des contenus d’enseignement,
et retiendrons la définition de Pierre ARNAUD en 1985 :
« Ensemble
de savoirs et de savoir-faire sollicités et à acquérir pour réagir face
à un environnement, à partir du moment où ceux-ci sont perçus à la fois
par les enseignants et les élèves. »
Selon cette
définition, élaborer les contenus revient ainsi à envisager un triple
questionnement :
·
celui des
ressources ("sollicités "),
·
celui de la
transmission ("acquérir"),
·
celui de la
connaissance ("savoirs et savoir-faire").
Nous
entendons par technique une « construction savante, une représentation
réductrice, normative et collective du savoir-faire, destinée à
structurer les apprentissages » (ARNAUD, 1983). Les savoirs relatifs aux
données techniques renvoient d’une part à des normes issues des
pratiques sociales, d’autre part à l’organisation et la structuration
des apprentissages.
Pour Jean
ROCHE (IA-IPR Dijon), la technique doit présenter quatre
caractéristiques : être efficace, reconnue, évolutive et transmissible.
En ce sens, elle est une composante incontournable des contenus
d’enseignement.
L’institution propose au niveau des programmes, des savoirs techniques
évaluables et objectivables.
Il est certain que nous devons nous référer en permanence à des
connaissances techniques dans un grand nombre d’APS si nous voulons
construire des contenus.
Donc les savoirs relatifs aux données techniques constituent
effectivement une part importante des contenus d’enseignement, et que
les huit groupements d’activités répondent à la possibilité d’opérer des
choix en fonction de nos aptitudes et de nos compétences personnelles.
Mais ces savoirs ne constituent pas la seule source pour élaborer les
contenus d’enseignement.
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L’élaboration des contenus d’enseignement nécessite des choix. Ces choix
sont effectués en fonction d’adaptations des programmes nationaux
à des conditions locales, ce que nous nous proposons à présent
d’envisager.
Tout d’abord, lorsque nous élaborons un cycle d’activités, un programme
trimestriel ou annuel, nous nous inscrivons dans un cadre particulier,
celui de l’établissement. Le projet d’établissement
traduit les nécessaires adaptations à des fins de plus grande
efficacité.
D’autre part, le projet d’EPS,( et c'est là la source de nos
inquiétudes), actualisable chaque année, présente des cycles et des
évaluations en fonction des caractéristiques des élèves et des moyens
matériels dont dispose l’établissement (piscine, stade, gymnase, salles
spécialisées…)
En troisième lieu, le degré d’expertise de l’enseignant d’EPS dans une
activité peut s’avérer déterminant.
Enfin les élèves eux-mêmes, dans leur diversité, autorisent ou non la
mise en place de certains contenus plutôt que d’autres,
et déterminent les méthodes pédagogiques : directive – semi directive –
non-directive, en groupes plus ou moins autonomes, pour une auto ou
co-évaluation…
L’organisation du groupe classe et l’aménagement de l’environnement
induisent un contenu "didactisé", puis "pédagogisé" afin de l’adapter
aux conditions particulières. Ainsi les savoirs techniques sont-ils
modifiés, transformés, adaptés par l’enseignant dans les situations
d’apprentissage.
Connaissance des élèves, niveau d’expertise de l’enseignant d’EPS,
projet de l’équipe, projet d’établissement contribuent donc pour une
part non négligeable à l’élaboration des contenus d’enseignement.
Cependant, l’hétérogénéité des groupes, la nécessité de favoriser « la
réussite de tous et de chacun » impose un autre niveau de réflexion,
celui de l’élève en train d’apprendre.
w
« Le savoir ne se transmet pas, il se construit, et chacun
le fait pour son compte et à son propre rythme » (PROST, 1985). Dans
cette optique l’élève ne s’engagera dans un apprentissage que ci
celui-ci a du sens pour lui. Nous abordons ici le niveau
des représentations (« ensemble d’images, d’attitudes,
d’opinions et de croyances qui oriente l’action et qui en retour est
influencé par elle » MOSCOVICI, 1971).
Le contenu d’enseignement se singularise alors, s’individualise. La
sphère affective, la motivation, le motif d’agir (LEONTIEV) déterminent
le désir, orientent le plaisir, conditionnent l’appropriation. Le
symbolique, l’imaginaire, sur lesquels finalement l’enseignant n’a
aucune prise dans le cadre qui lui est imparti, conditionnent l’activité
de celui qui apprend.
Un apprentissage ne s’effectue pas à partir de rien, d’une « tabula
rasa », mais sur la base d’un « da sein », contre lequel il est parfois
nécessaire de lutter avant que l’élève puisse apprendre, par exemple
dans le cas de la natation, la peur de mourir est sous-jacente. La
signification de l’activité prend alors une importance déterminante pour
l’apprentissage.
D’autre part, il nous faut considérer la relation dialectique qui
s’instaure entre l’élève qui apprend et la tâche d’apprentissage.
Si l’écart entre les ressources de l’élève et les contraintes de la
tâche es trop grand, il refusera de s’engager dans l’activité, comme
c’est le cas par exemple en saut en hauteur si la barre est à un mètre
quatre-vingts pour un élève de sixième. Inversement, si la différence
est trop faible (un mètre pour un élève de troisième), il n’y aura pas
apprentissage. Il faut donc un décalage entre la
structure de la tâche et la structure de l’élève qui soit optimal
(L. ALLAL).
En troisième lieu, l’élève est un « système à rationalité limitée » qui
fonctionne suivant le principe de l’économie.
C’est ainsi que souvent lors d’un apprentissage il se redéfinit la tâche
proposée par le professeur. Dans le cas du saut de cheval, d’une
situation ou il faut produire un second envol après la pose des mains,
l’élève peut se décomposer la tâche en : venir d’abord en appui tendu
renversé, puis tourner, rendant ainsi ipso facto la consigne de
l’enseignant irréalisable. Il convient donc bien d’ajuster en permanence
les ressources de l’élève et l’hypothèse que l’on fait de ses
représentations dans la situation pour envisager un apprentissage
efficace.
Nous venons de montrer que c’est bien l’élève qui, en dernier ressort,
reste le maître du jeu. Si les savoirs techniques, réponses efficaces
dans des situations motrices données, peuvent permettre de gagner du
temps dans les apprentissages, le comportement moteur ne constitue dans
tous les cas, qu’un indicateur de ce qui se passe réellement au niveau
de l’élève.
w
Nous pourrons donc répondre à notre questionnement d'origine, en disant,
que l'identification des savoirs relatifs aux données techniques
que nous avons envisagées jusqu'à maintenant constitue un
préalable, et devra s'enrichir des autres connaissances
que nous pouvons mettre en œuvre. Nous travaillerons plus
particulièrement sur les caractéristiques de notre établissement, de
nos élèves, des contraintes qu'impose le fonctionnement logistique, mais
surtout du type de relation à établir avec les élèves. L'élève qui
apprend, ne peut le faire que si l'activité fait sens pour lui.
Apprendre est donc bien "investir du désir dans un objet de
savoir"
Aussi, et pour reprendre notre expression « mystérieuse alchimie » du
début de notre propos, nous nous rendons compte que nous sommes placé à
la trifurcation du savoir (technique ou non, en évolution rapide), du
devoir (la commande de l’institution : élaborer des contenus pour
réaliser les objectifs généraux), du pouvoir (celui de l’enseignant, de
ses idées, de ses choix et de ses convictions), et que nous restons
d'éternels débutants. |